De la reconnaissance de la part de son boss, Valérie, 45 ans, directrice marketing dans une PME parisienne, en a obtenu le jour de son… pot de départ. Un bouquet de fleurs sur son bureau et un mail vantant ses qualités “exceptionnelles”. “Mieux vaut tard que jamais!, ironise-t-elle. En dix ans, jamais de merci, des augmentations au lance-pierres… J’ai tenu bon parce que j’aimais mon job, mes clients et mes super collègues. Mais à la longue, ça use !” Valérie a posé sa démission pour partir vers des horizons plus bienveillants.

Comme elle, sept salariés français sur dix estiment ne pas être reconnus à leur juste valeur dans leur travail, selon une étude de 2018 d’Odoxa-Dentsu Aegis Network. Et le reproche s’adresse directement aux n+1 : selon une enquête de 2016 de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), 72% des salariés s’estiment reconnus par leurs collègues, 68% par leurs clients, 55% par leurs collègues d’autres services… mais seulement un sur deux par son supérieur ! En cause, une certaine déshumanisation du travail, liée aux technologies numériques.

 

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“Alors que la reconnaissance passe par les échanges humains et la rencontre”, souligne Laure Becker, consultante chez Diversity Conseil, auteure de “Pratiquer la reconnaissance au travail” (Dunod, 2018). Manque de temps, surcharge de travail, indisponibilité… “Les managers ont souvent le sentiment eux-mêmes de ne pas être reconnus par leur hiérarchie ou par leurs équipes”, explique Christophe Laval, chargé de cours à HEC Montréal, professeur à l’université de Laval au Québec et co-auteur, avec Jean-Pierre Brun, du “Pouvoir de la reconnaissance au travail” (Eyrolles, 2018).

Les conséquences ? Sérieuses ! L’absence de considération est la première cause de mal-être au travail. Selon une étude de 2016 de la Direction de l’animation, de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du Travail, le manque de reconnaissance triple le risque de maladie et double celui d’état dépressif chez les salariés. Soit un impact plus important sur le bien-être des collaborateurs que le “job strain”, le “travail sous pression” ! A contrario, le pouvoir de la reconnaissance est énorme : “Elle a un impact direct sur le turnover, l’absentéisme, l’engagement, la conflictualité et, à l’arrivée, les comptes d’exploitation”, estime Christophe Laval. […]