Rien de plus naturel et de plus salutaire que de ressentir régulièrement le besoin de changer. Nous sommes des êtres vivants et la principale loi de la vie est le mouvement. Création, conservation et destruction coexistent, alternent, pour permettre à la vie de se régénérer. Être capable de changement est donc avant tout un signe de vitalité, de bonne santé psychique. A l’inverse, rester figé dans des formes de vie rigidifiées par notre inertie risque de devenir pathogène. Comme l’eau stagnante croupit, l’être humain immobile, involutif, s’atrophie et se meurt intérieurement. Être vivant, c’est par définition être changeant ! Nous connaissons, à l’instar des cigales par exemple, deux principaux types de changements : les mues de croissance et les mues de métamorphose.

Toutes deux naissent naturellement du processus de maturation qui crée le besoin d’exprimer toujours plus et toujours mieux à l’extérieur ce que l’on porte de plus unique et de plus précieux en soi. Si nous évoluons bien, nous ressentons régulièrement le besoin d’étendre le champ d’expression de notre être en croissance, comme l’on doit changer la taille de vêtements devenus trop étroits. Ces mues de croissance se manifestent par le désir de faire de nouvelles rencontres, de découvrir de nouvelles choses, d’acquérir d’autres responsabilités dans son travail… Parfois, le besoin de changement se fait ressentir de manière plus radicale, comme si nous avions besoin de prendre un nouveau départ, de renaître complètement à nous-mêmes, de changer totalement de peau. Il s’agit alors d’un besoin de métamorphose, qui va se traduire par des transformations autrement plus importantes, telles qu’une reconversion professionnelle, une révolution dans notre mode de vie, etc. Tout notre être au monde s’en trouve alors bouleversé. Notre évolution intérieure peut nous faire accéder à des possibilités préalablement insoupçonnées.

Or, si les mues de croissance sont relativement bien accueillies et vécues comme positives par la plupart d’entre nous, les mues de métamorphose suscitent généralement beaucoup plus de craintes et de retenue. Elles réveillent les peurs courantes relatives à la part destructrice de la métamorphose, liées à tout ce (et ceux) que nous allons devoir quitter (peur de blesser, de décevoir, de contrarier…), mais aussi les peurs liées à la part créatrice de ce même processus (peur de l’inconnu, de la nouveauté…). Ces inquiétudes sont elles-mêmes plus ou moins entretenues par l’ordre social auquel appartient l’individu lorsque son projet d’émancipation va à l’encontre des attentes de son environnement. De nombreuses personnes en viennent ainsi à se maintenir coûte que coûte dans des formes de vie obsolètes pour préserver leur sécurité et celle des autres. […]